Bases et aperçu des fermes verticales

Comprendre la structure déficitaire des fermes verticales : le vrai sens du « 60 % sont dans le rouge »

Le chiffre selon lequel « beaucoup de fermes verticales sont déficitaires » montre bien la dureté de ce secteur. Mais si vous ne regardez que ce chiffre et que vous en concluez que chaque entreprise est poussée vers un échec imprévu, vous passez à côté de la réalité.

Les fermes verticales exigent un investissement initial lourd. Si l’on inclut l’amortissement et la période de démarrage, leur structure rend les bénéfices difficiles à obtenir au début de l’exploitation. Le vrai problème n’est pas le déficit en lui-même, mais de distinguer quels déficits sont intégrés au plan et lesquels menacent la pérennité de l’activité.

Dans cet article, je décompose la structure de rentabilité des fermes verticales à partir de données d’enquête. Rendement, taille, coûts de main-d’oeuvre, charges d’eau et d’énergie, débouchés commerciaux, dépendance aux subventions. Je remets en ordre les enjeux cachés derrière ce seul mot : déficit.

Dès le démarrage de l’activité, le déficit est déjà intégré

Il y a un point que beaucoup de sites n’écrivent pas clairement : les exploitants de fermes verticales partent dès le début du principe qu’une période de déficit ou de faible rentabilité va durer pendant les premières années. Dans les fermes verticales, où l’investissement en équipements est élevé, il est structurellement difficile de dégager de gros bénéfices tant que l’amortissement continue. Les exploitants lancent donc leur activité en ayant déjà intégré la possibilité de pertes pendant plusieurs années.

Bien sûr, il arrive que les pertes dépassent le plan initial ou que le chiffre d’affaires reste en dessous des prévisions. Mais l’expression « déficit des fermes verticales » ne veut pas automatiquement dire « détérioration imprévue de la gestion ». Dans bien des cas, les pertes pendant la période d’amortissement restent dans le cadre du plan. On ne peut donc pas parler de la situation d’ensemble sans regarder le contenu réel de ces pertes.

Sur beaucoup de sites, l’explication de la question « pourquoi les fermes verticales sont-elles déficitaires ? » ne cite que le manque de savoir-faire, l’échec de la stratégie commerciale ou la hausse des coûts d’exploitation. Cela ignore cette donnée structurelle de départ.


L’état actuel de la rentabilité : ce que montrent les données

La difficulté à rendre les fermes verticales rentables apparaît clairement dans les données. Selon les enquêtes, environ 70 % des fermes verticales sont soit déficitaires, soit à l’équilibre. Et il n’est pas rare de voir des installations qui ne tiennent que grâce aux subventions.

serre hydroponiquemodèle hybridetype à éclairage artificiel
Dernier exercice comptable (déficit ou équilibre)55%77%84%
Chiffre d’affaires annuel (moyenne)490 millions de yens270 millions de yens160 millions de yens

Les serres hydroponiques affichent une part d’exploitations bénéficiaires plus élevée que la culture indoor, et leur chiffre d’affaires annuel est aussi plus important. Du point de vue de la rentabilité, elles sont donc dans une position plus favorable.

Du côté des subventions, 63 % des serres hydroponiques utilisent des aides liées à l’énergie, tandis que 27 % de l’ensemble des installations fonctionnent sans subventions. En culture indoor, 48 % des installations opèrent sans subventions, ce qui fait aussi ressortir à quel point il est difficile d’y sécuriser la rentabilité.

Cette difficulté n’est pas propre au Japon. AeroFarms (États-Unis), qui avait attiré l’attention comme « l’une des plus grandes fermes verticales au monde », voyait encore sa date limite de fermeture repoussée en avril 2026, car le processus de vente de ses installations restait retardé. Même des entreprises qui ont levé des fonds massifs et mis en place des équipements avancés n’arrivent pas à franchir le mur de la rentabilité.

Et ce mur ne disparaît pas parce qu’une vente a lieu. Il n’est pas rare que des fermes verticales en difficulté choisissent la cession d’activité comme porte de sortie. Mais, dans les faits, certains repreneurs n’arrivent pas non plus à redresser l’exploitation. En Floride, aux États-Unis, Brick Street Farms est retombée dans des difficultés financières sous son nouveau propriétaire l’année qui a suivi la cession par son fondateur, et le bâtiment est ensuite entré en receivership (Vertical Farm Daily, 2026). Même si le propriétaire change, si personne ne touche à la structure de rentabilité elle-même, le déficit est simplement transmis au propriétaire suivant.

La dépendance aux subventions comporte un autre risque : leur arrêt. En Suède, la startup de culture hydroponique Hydro Space Sweden AB avait sécurisé des circuits de vente avec des supermarchés locaux et s’était même développée jusqu’à obtenir un prêt garanti par l’État. Malgré cela, la fin brutale des subventions l’a plongée dans une crise de gestion, au point que son fondateur a dû faire face à l’alternative suivante : « vendre l’entreprise ou faire faillite » (2026). La vraie ligne de vie du modèle économique des fermes verticales, c’est de savoir si l’on peut construire une structure de rentabilité autonome tant que les subventions existent encore.

Ce que les acteurs du secteur ne diront jamais : le vrai problème des fermes verticales, c’est que les gens ne restent pas


Pourquoi ces déficits ? Lecture des données

Laitue avant récolte — site de production d'une ferme verticale

Voici les facteurs qui reviennent le plus souvent dans les situations déficitaires, à partir des données.

1. Plus la productivité par surface est élevée, plus le bénéfice est probable

Les enquêtes confirment une corrélation claire entre le rendement par surface et la rentabilité. Pour les serres hydroponiques, le seuil de référence est de 27,3 kg/m² ou plus ; pour la culture indoor, de 59,5 kg/m² ou plus. Les installations qui dépassent ces niveaux ont plus de chances d’être bénéficiaires. Pour obtenir davantage de récoltes sur une même surface, il faut comme condition de base une compréhension approfondie de la physiologie végétale et un vrai savoir-faire pour exploiter les équipements.

Au-delà du rendement, la taille même de l’installation influence aussi la rentabilité. Dans les serres hydroponiques comme dans la culture indoor, plus la surface cultivée est grande, plus la part d’exploitations bénéficiaires ou à l’équilibre augmente. On voit donc bien que les économies d’échelle contribuent à l’amélioration de la rentabilité.

2. Plus les coûts de main-d’oeuvre et les charges d’eau et d’énergie sont élevés, plus le déficit s’aggrave

Quel que soit le type de ferme verticale, les coûts de main-d’oeuvre et les charges d’eau et d’énergie sont des postes majeurs. Plus la part des coûts de personnel est élevée, plus l’exploitation a tendance à être déficitaire. En culture indoor, la charge de l’électricité est particulièrement lourde, si bien que la capacité à réduire les charges d’eau et d’énergie influence fortement la rentabilité. Autrement dit, si vous parvenez à contenir ces deux postes, la perspective d’amélioration de la rentabilité devient claire. Mais là aussi, pour réduire réellement les coûts, le niveau technique et le savoir-faire du personnel de terrain sont indispensables.

Les coûts d’exploitation resteront probablement sous pression à la hausse. Pour les intrants, l’électricité comme la main-d’oeuvre, rien ne permet d’anticiper une baisse, et une gestion rigoureuse des coûts continuera d’être indispensable.

3. Moins il y a de clients, plus le déficit est probable

Les exploitants qui diversifient leurs débouchés grâce à la culture sous contrat, à la vente directe ou au e-commerce ont plus de chances d’être bénéficiaires. Quand le nombre de clients augmente, le pouvoir de négociation sur les prix augmente aussi, et le risque de dépendre d’un seul débouché diminue. Cela dit, les exploitants qui ont des débouchés plus larges disposent souvent aussi d’installations plus grandes. Il faut donc juger la situation en séparant cet effet de taille.

4. Il faut du temps avant de stabiliser l’activité

Parmi les installations lancées depuis 2019, le taux de déficit atteint 72 %, ce qui montre à quel point il est difficile de générer des bénéfices suffisants pendant la période d’amortissement. Juste après le lancement, il faut aussi du temps pour ouvrir des débouchés commerciaux et stabiliser le terrain. Le déficit initial est donc structurellement difficile à éviter. En revanche, même parmi les exploitants entrés très tôt dans le secteur, tous n’ont pas réussi à rentabiliser leur activité. Dans certains cas, l’amortissement est terminé, mais l’installation reste ancienne et la productivité ne progresse pas suffisamment. Être entré plus tôt ne garantit donc pas, à lui seul, un avantage durable.

5. Est-ce que les « unit economics » tiennent d’abord ?

La structure déficitaire des fermes verticales recoupe structurellement les problèmes que porte l’AgTech dans son ensemble. Dans son analyse de 2026, PitchBook a étudié 1 197 entreprises AgTech soutenues par le capital-risque et fondées entre 2015 et 2020, et a conclu que les principales causes d’échec n’étaient pas « la technologie elle-même », mais « un décalage dans le financement » et « l’effondrement des unit economics » (AgFunder News / PitchBook, 2026). Les 683 entreprises dont l’échec a été confirmé ont englouti 8,2 milliards de dollars de capital. Dans le segment des fermes verticales, des entreprises comme Bowery, Infarm et Kalera sont citées, et, dans tous les cas, la cause de l’échec est formulée ainsi : elles « ont construit des systèmes d’agriculture en environnement contrôlé de classe mondiale, mais n’ont pas réussi à atteindre des unit economics viables à l’échelle commerciale ».

Les unit economics, c’est l’équilibre unitaire entre coûts et revenus pour produire et vendre un plant, ou 1 kg de légumes. Avant d’augmenter l’échelle, il faut d’abord vérifier si « l’équilibre économique par unité tient réellement ». Sinon, ajouter des investissements ne fait qu’élargir le déficit. Le niveau technologique et la qualité des équipements n’ont de sens qu’une fois cette condition remplie.


En résumé

Quand on remet en ordre la structure de rentabilité des fermes verticales, on voit bien que les causes du déficit ne sont pas simples. La première étape consiste à distinguer les pertes prévues des pertes qui menacent la continuité de l’activité. Et pour faire cette distinction, il faut regarder plusieurs facteurs : le rendement, la taille, la structure des coûts, les débouchés commerciaux et le degré de dépendance aux subventions.

La tendance la plus nette que montrent les données, c’est la corrélation entre le rendement par surface et le retour au bénéfice. L’agrandissement des équipements joue effectivement en faveur de l’exploitation. Mais plus encore, ce sont la précision de la gestion des cultures au quotidien et le niveau technique du personnel de terrain qui déterminent la rentabilité. Même pour réduire les coûts, il faut d’abord relever le niveau de l’expertise terrain afin de contenir réellement les coûts de main-d’oeuvre et d’énergie.

Une gestion d’activité dépendante des subventions peut apporter de la stabilité à court terme, mais elle porte toujours le risque d’un arrêt brutal. Le vrai point de bascule pour la continuité de l’activité à long terme, c’est de savoir si l’on peut construire une structure de rentabilité autonome tant que les subventions existent encore. Les perspectives des fermes verticales restent difficiles en pratique. Mais les installations qui accumulent, sans relâche, l’amélioration continue de la gestion des cultures et la diversification des débouchés gardent une possibilité de franchir ce mur.

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