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Pourquoi la recherche sur les fermes verticales ne s'applique pas sur le terrain : les raisons d'un écart structurel
2026-04-14
La ferme verticale est une industrie qui s’appuie sur la science. Que ce soit l’éclairage, le CVC, la solution nutritive ou le contrôle environnemental, aucun de ces domaines ne peut fonctionner sans les apports de la recherche.
Pourtant, lorsqu’on transpose les conditions d’une étude dans une installation commerciale, cela ne fonctionne pas toujours. L’« optimum » du laboratoire n’est pas le même que l’« optimum » d’un terrain où l’on expédie des milliers de plants chaque jour.
Dans cet article, j’explique pourquoi les résultats de la recherche sont difficiles à utiliser sur le terrain, et comment les lire pour les transformer en connaissances opérationnelles.
Pourquoi ce qui est écrit dans les articles ne s’applique pas
Lorsque je travaillais sur le terrain, j’ai beaucoup lu — des ouvrages spécialisés, des articles de recherche sur les techniques de culture. Je cherchais des conseils qui amélioreraient concrètement la production. Mais quand je voulais mettre en pratique les méthodes décrites, je me heurtais souvent à des obstacles.
Les raisons sont principalement au nombre de trois. D’abord, la dimension économique de la mise en oeuvre dans une installation commerciale est absente. Un article peut indiquer « ce rendement a augmenté de 20 % dans ces conditions », sans jamais préciser ce qu’il en coûterait de reproduire ces conditions à l’échelle commerciale. Ensuite, il y a la question d’échelle : les expériences menées sur quelques plants à quelques dizaines de plants en laboratoire n’ont rien à voir avec la gestion de milliers de plants dans une installation commerciale. Une méthode qui fonctionne en laboratoire peut devenir totalement inapplicable dès que l’on passe à l’échelle supérieure. Enfin, les différences d’environnement de culture sont considérables. Un laboratoire contrôle la température, l’humidité et la lumière avec précision. Dans une installation commerciale, les capacités du système CVC (chauffage, ventilation, climatisation) ont des limites, l’environnement varie selon la position dans les rayonnages de culture, et les conditions extérieures influent selon les saisons. Les « conditions optimales » sont rarement reproductibles dans une vraie installation.
Pourquoi une recherche peu utilisable sur le terrain voit-elle le jour ?
Ce n’est pas la faute des chercheurs. C’est un problème structurel.
Les chercheurs universitaires sont évalués sur leurs publications — qualité des articles, nombre de citations, facteur d’impact. Le fait que leur recherche soit adoptée dans de vraies installations n’entre presque jamais dans les critères d’évaluation.
En conséquence, les sujets de recherche sont choisis avant tout selon leur nouveauté académique. La question de départ n’est pas « cela peut-il résoudre un problème du terrain ? » mais « est-ce que quelqu’un a déjà étudié cela ? ».
Le résultat : une production en masse de recherches scientifiquement valides, mais difficilement applicables dans les installations commerciales. Ce n’est pas propre à la ferme verticale — c’est une structure commune à toute la recherche agricole.
Des chercheurs qui font un pas vers le terrain
Dans ce contexte, certaines initiatives méritent qu’on s’y arrête.
Ricardo Hernandez, professeur associé à la North Carolina State University (NC State), affiche une posture de recherche qui « privilégie l’impact concret pour les producteurs plutôt que l’intérêt académique » (Hortidaily, 2026).
La CEA Coalition qu’il dirige a mis en place un système où les producteurs soumettent directement leurs problèmes, les fournisseurs votent pour les enjeux les plus importants, et la CEA Coalition fixe les priorités de recherche en fonction de ces résultats. Ce ne sont plus les chercheurs qui décident « quoi étudier », mais le terrain qui décide « quoi résoudre ».
Des résultats concrets en sont déjà sortis. L’équipe de Hernandez a collaboré avec des spécialistes en génie aérospatial pour réduire de « 2 à 3 jours à quelques minutes » le temps nécessaire à la modélisation des flux d’air en serre. Cette technique de modélisation rapide des flux d’air est aujourd’hui utilisée dans la conception de serres. Sa déclaration : « je veux réduire le temps entre la recherche et la pratique. La meilleure façon d’y parvenir est d’obtenir des retours directs de l’industrie » — est rare dans le milieu académique, et c’est exactement l’état d’esprit dont l’industrie de la ferme verticale a besoin.
Comment acquérir des connaissances réellement utilisables ?
Passer du repérage d’une information intéressante dans un article à la constitution d’un vrai savoir opérationnel prend du temps. Lire un ouvrage ne change pas le terrain du jour au lendemain. C’est après des années d’essais et d’erreurs que l’on peut enfin dire : « telle méthode fonctionne vraiment. » C’est précisément pour ça que je partage aujourd’hui sur ce site les savoir-faire que j’ai consolidés pendant plus de dix ans sur le terrain.
La démarche des chercheurs qui se rapprochent du terrain est la bienvenue. Mais l’écart structurel ne se comble pas du jour au lendemain. Le terrain aussi doit développer la capacité à « décrypter la recherche, l’expérimenter et se l’approprier » — c’est là que résident l’amélioration durable et l’avantage concurrentiel. Vouloir appliquer la recherche telle quelle mène à l’échec ; l’ignorer, c’est se laisser distancer. L’effort pour rapprocher ces deux mondes est une responsabilité du terrain également.
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